Cuisiner et apprendre ce qu‘est la vie
La Journée mondiale de l’alimentation 2026 rappelle à Jasmin Peschke, écotrophologue au Goetheanum, ce proverbe : « Donne un poisson à un homme, tu le nourris pour un jour ; apprends-lui à pêcher, tu le nourris pour toute sa vie ! ».
« En cuisinant, l’être humain constate que ses propres actes ont une conséquence visible. Il crée quelque chose qui le nourrit sainement et qui a également de la valeur pour d’autres personnes », explique Jasmin Peschke. Titulaire d’un doctorat en sciences de la nutrition, elle dirige le département Alimentation de la section d’agriculture du Goetheanum. Elle illustre l’effet pédagogique lié au fait de cuisiner soi-même à travers l’expérience d’un étudiant de l’Université Héliopolis pour le développement durable (Le Caire, Égypte). « Il n’avait encore jamais mis les pieds dans une cuisine, sa mère s’était toujours très bien occupée de lui jusqu’alors. » Présent dans la cuisine d’une école dans le cadre d’un module sur la nutrition de la formation en biodynamie, il allait chaque matin chercher du lait et préparait le petit-déjeuner pour les élèves. Puis les tâches se succédaient : couper des tomates, des carottes, faire cuire des haricots, servir le déjeuner, etc. « Il était désolé de voir que la moitié de ce qui avait été préparé avec son aide finissait à la poubelle. Le gaspillage alimentaire lui était devenu une réalité tangible. »
Responsable d’une cuisine scolaire en Allemagne, Ruben von Schwanenflügel l‘a également observé : « En travaillant la pâte, on développe peu à peu une sensibilité à sa texture. Les quantités, les diverses étapes, la propreté et le temps perdent leur caractère abstrait, car ce sont eux qui déterminent la réussite du plat et la façon dont il est perçu. » Un élève qui prépare un repas pour la communauté scolaire y trouve un sens, car ses propres actions aboutissent à un résultat tangible.
Pour Jasmin Peschke, cela illustre l’approche innovante de la cuisine en tant que matière scolaire : « Les enfants développent leur autonomie et apprennent à connaître les aliments et leur origine. Lorsque nous savons d’où vient une salade et combien de travail elle a nécessité avant d’être prête à être dégustée dans un saladier, elle acquiert une valeur qui dépasse son prix d’achat. Et nous traitons les aliments de manière plus consciente et plus respectueuse », affirme-telle. La préparation quotidienne des repas offre aux enfants une expérience qui constitue le fondement d’une alimentation saine et les accompagne toute la vie.
Traduction Jean Pierre Ablard
Photo La préparation d’une tresse au beurre pour un petit-déjeuner scolaire aide à comprendre des notions telles que les quantités, les diverses étapes, la propreté et le temps (Photo: küchebildet.de)