Le magazine ‹ Stil › analyse le rapport de Rudolf Steiner au langage et à la forme
Six auteurs montrent comment faire l‘expérience du spirituel à partir de la plastique de la langue de Rudolf Steiner. Selon leur contenu, leur structure et leur style ses ouvrages offrent diverses approches du spirituel. Cela ne va pas sans une réflexion active de la part du lecteur.
« Vivre dans l‘amour de l‘acte et laisser vivre dans la compréhension de la volonté d‘autrui est la maxime fondamentale des êtres humains libres » : une telle phrase transmet son message au-delà du sens des mots, grâce à son rythme. L‘analyse de six livres de Rudolf Steiner que propose le magazine ‹ Stil › montre clairement comment il utilise le potentiel du langage pour présenter des contenus spirituels et rendre l’esprit accessible, du moins dans un premier temps.
Ariane Eichenberg souligne que le langage influe sur la physiologie et l‘activité cérébrale : « Les scanners neurologiques réalisés lors de la lecture de vers de Shakespeare montrent, par exemple, une activité du cerveau et une formation de connexions synaptiques nettement plus importantes que lors de la lecture de simples articles de journaux ». Elle se réfère ici aux recherches du Centre for Research into Reading, Literature and Society (Université de Liverpool). De la même façon que des notes de musique peuvent se déployer en une symphonie puissante, violente, les caractères ‹ morts › conduisent à un univers complexe, chose impossible sans pratique préalable, là de l‘instrument, ici de l‘approche intellectuelle du contenu.
Le point de départ est le style, les images, les comparaisons, les néologismes, l‘inventaire rythmique et phonétique d‘une langue. S‘y ajoutent l‘utilisation consciente des différentes nuances de sens d‘un mot, la création de liens inhabituels et d’apparentes contradictions afin de stimuler la réflexion, un peu comme lorsque l’on devine une énigme : d’abord incompréhensible, on doit lutter pour en trouver la solution, jusqu‘à ce qu‘elle apparaisse de manière évidente.

Renatus Ziegler explique comment la compréhension d‘une articulation, c‘est-à-dire la construction d‘un enchaînement complexe de pensées, devient « une expérience acquise par soi-même » et donc un « moyen d‘acquérir, de façon autonome, les connaissances présentées dans ‹ Théosophie › ». Eckart Förster attire l‘attention, à partir du livre ‹ Les énigmes de la philosophie ›, sur le fait que cette manière d‘appréhender les choses nécessite un autre type de connaissance, « une transition de la pensée à l‘expérience », qui ne se fait pas lors d‘une première lecture, mais peut nécessiter « une vie entière ».
Jaap Sijmons voit dans l‘ouvrage de Rudolf Steiner ‹ Le christianisme et les mystères antiques › la présentation d‘un « drame ». ‹ Théosophie › vise à présenter les résultats de la recherche spirituelle dans un style que Rudolf Steiner caractérise lui-même de « mathématique et aride ». La lecture de ce livre exige une « activité volontaire accrue », qui éveille notre « propre capacité de perception spirituelle, du moins au tout début », écrit Christiane Haid, qui choisit, elle aussi, l‘analogie avec une pièce de théâtre : il s‘agit « d‘expériences, de tensions intérieures et de solutions à vivre dans son âme pendant la lecture » au prix d’une réflexion active. Il en résulte que le moi « forge à son tour le réceptacle de la révélation de l‘esprit ».
Anna-Katharina Dehmelt souligne différentes qualités de représentation dans ‹ Science de l’occulte ›. L’ouvrage présente des définitions, une mise en mouvement de concepts fondamentaux observés sous différents angles, puis inversés : « ce que l‘on a expérimenté en tant que soi se diffuse autour de soi ». En d‘autres termes, « ce qui a été élaboré intérieurement devient maintenant le monde ». Par là même, si l‘on suit Rudolf Steiner, on est déjà dans l‘expérience du spirituel.
Traduction Jean Pierre Ablard
Magazine Stil (en allemand) « Rudolf Steiner lesen und verstehen », 96 pages, 20 CHF, section des belles-lettres Web (en allemand)