Forces de guérison individuelle et sociale

Forces de guérison individuelle et sociale

29 mars 2019 Michaela Glöckler 55 vues

Dans les statuts, Rudolf Steiner a formulé deux missions essentielles de la Société anthroposophique. Par ailleurs, il a écrit des lettres aux membres comme aide pour les relations mutuelles entre eux et il a publié les Directives anthroposophiques. Cet ensemble constitue une mine d’orientation pour ce qui relie les membres sur le plan mondial.


Lors de la semaine de formation continue All African Anthroposophic Training à Nairobi (KE) en été 2018 (voir Anthroposophie aujourd'hui, 10, 2018), nous avons eu le plaisir de rencontrer le père Hermann, coordinateur du mouvement franciscain en Afrique. Il célébrait la messe avec les participants et prêchait sur un sujet qui lui était cher. Il disait : autrefois, dans les différentes confessions chrétiennes, nous regardions surtout ce qui nous séparait ; le mouvement franciscain veut désormais regarder ce qui nous unit.

Ces paroles m’ont interpellée et je me suis demandé ce qui nous unissait dans le mouvement anthroposophique, malgré toutes les tendances de polarisation, de dissension et de divergence – et ce qui nous maintenait ensemble. Je suis allée jusqu’à me dire que le mouvement disposait de forces de guérison et de construction tellement importantes qu’aucun désaccord n’a encore eu raison de lui. Aujourd’hui, nous savons qu’il faut de la résilience, des ressources salutogènes, des forces de résistance et des sources de santé pour permettre aux personnes, aux institutions ou aux sociétés d’échapper à la destruction par l’intérieur ou par l’extérieur. À quoi ressemblent ces sources de santé dans le mouvement et plus particulièrement dans la Société anthroposophique ? Comment se fait-il que ces sources jaillissent sans tarir ? En réfléchissant, j’en suis arrivée à l’image des trois phares envoyant inlassablement leur lumière, nous apportant leur lumière et nous aidant, par-delà les frontières et les dissensions, à voir ce qui est essentiel pour résoudre les problèmes qui se posent et pour éviter que nous ne perdions l’accès aux forces de guérison individuelles et sociales.

Une vraie société mondiale

Les statuts du Congrès de Noël de 1923-1924 sont parmi ces phares. Patiemment élaborés avec les membres, ils constituent le fondement spirituel d’une « véritable société mondiale » (GA 260, p. 40) qui se donne deux buts :

  • contribuer à unir les hommes sur la base d’une vraie connaissance du monde spirituel,
  • collaborer avec une direction qui se met d’accord avec les membres sur « les buts de la Société ».

La Méditation de la Pierre de fondation, que Steiner commente en profondeur, sert de source d’inspiration et de fil conducteur. Cette base de travail s’avère être le « lien » entre les hommes et nous montre quelles sont les tâches liées aux différents domaines de vie : créer des faits à l’intérieur comme à l’extérieur qui montrent la présence du Christ dans l’éther.

Une identité humaine claire

Un second phare renseigne sur les facteurs de succès et les chausse-trappes, à l’origine des réussites et échecs, de la croissance ou de la décroissance dans la vie des branches de la Société anthroposophique. Les Lettres aux membres (GA 260a), rédigées par Steiner après le Congrès de Noël, accompagnent le travail au niveau mondial entre le 20 janvier et le 10 août 1924 et culminent dans la définition de l’anthroposophie elle-même comme une attitude spirituelle, comme une identité humaine claire. On peut témoigner d’elle par un engagement authentique – dans la responsabilité individuelle de chacun – et par le refus d’opinions de groupe.

Servir en conscience Michaël, esprit du temps

La dimension du troisième phare est à hauteur de l'humanité. Il s’agit en quelque sorte du testament spirituel de Rudolf Steiner à l’intention des membres, du mouvement et de la Société anthroposophique, mais également pour l’humanité entière. Pendant sa dernière année, Steiner rédige les Directives anthroposophiques (GA 26) dont les deux dernières paraissent à titre posthume. Ce geste montre qu’il compte bien au-delà de sa mort, survenue le 30 mars 1925, œuvrer pour la Société anthroposophique universelle, fondée par lui. Il inclut dans les Directives les « lettres michaéliques », dans lesquelles il décrit le développement cosmique-terrestre de l’humanité, afin de donner la capacité au mouvement anthroposophique de servir en conscience Michaël, esprit du temps.

J’ai vu dans mon travail avec le mouvement de médecine anthroposophique, entre 1988 et 2016, à quel point ces trois phares étaient source d’inspiration et une boussole pour la réussite du travail quotidien.

Plus tard, le père Hermann m’a invitée dans son séminaire où des étudiants venus de toute l’Afrique cherchent leur voie dans le franciscanisme. Dans les discussions, il est devenu évident pour moi que là aussi nous avons à faire à des phares : se lier avec le cœur au Christ vivant, vivre une vie collective rayonnante et s’investir là où il y a besoin et où l’on peut servir la vie.


Société mondiale

«La manière dont on devait remplir les formulaires d’inscription (de la Société théosophique), en ayant l’air d’adhérer à un dogme, c’est quelque chose qui n’est plus du tout compatible avec la disposition des âmes de notre époque. Les âmes d’aujourd’hui sont très loin de tout dogmatisme et de tout sectarisme. On ne peut nier qu’il est difficile de se débarrasser du sectarisme qui est présent dans la Société anthroposophique. Mais il faut s’en débarrasser et il ne doit en rester ne serait-ce qu’une fibre dans la nouvelle Société anthroposophique que nous allons fonder. Elle devra être une véritable société mondiale. Celui qui y adhèrera, pourra y trouver ce qui le meut. Les anciens y trouveront ce à quoi ils ont aspiré toute leur vie, en lien avec d’autres. Et les jeunes pourront dire : “J’y trouve quelque chose qui me parle.” »

Rudolf Steiner, ‹Forces de guérison individuelle et sociale› p. 3 GA 260, 24 décembre 1923, matinée.


Livre Michaela Glöckler, Rolf Heine (éd.), Führungsfragen und Arbeitsformen in der anthroposophischen medizinischen Bewegung (Questions de gouvernance et formes de travail dans le mouvement de médecine anthroposophique, en allemand et en anglais), Verlag am Goetheanum, 2015.