Le monde attend quelque chose des anthroposophes

Le monde attend quelque chose des anthroposophes

01 mai 2019 Sebastian Jüngel 3216 vues

Du 11 au 14 avril 2019, le congrès annuel et l’assemblée générale 2019 de la Société anthroposophique générale ont présenté une vision : le champ d’exercice d’un vivre ensemble cosmopolite qui comprend la diversité comme une richesse, a conscience de l’impulsion commune et agit dans le monde.


« Nous nous réjouissons d’une société multiculturelle complexe qui offre un espace à maintes initiatives, dont chacun est une partie, une sonorité distincte qui contribue à cette société ». Joan Sleigh a ainsi cerné un thème cher au Comité directeur au Goetheanum. La société anthroposophique donne l’image d’une humanité cosmopolite et d’une diversité qui « puise à une même source » a ajouté Constanza Kaliks.

Champ d’exercice psychique

Cette vision n’a rien d’une évidence. Pour Justus Wittich, « l’anthroposophie ne peut se limiter à un texte lu, c’est un chemin vers un équilibre psychique serein à propos de ces questions ». La Société anthroposophique devient un champ d’exercice permettant de travailler des compétences sociales et de faire place à l’humain dans un monde high tech. Transposition pratique de cette vison, l’open space créé par de jeunes membres permit à chacun de déposer ce qu’il avait sur le cœur, souvent des blessures.

Exercer le vivre ensemble dans la diversité est une base importante, pas une fin en soi. En témoignèrent les apports sur l’efficience de l’anthroposophie dans le social, la pédagogie et la médecine : pour Alejandro Ranovsky (Argentine), être à l’écoute des conditions de vie et les faire évoluer activement sans se désolidariser relève du travail anthroposophique (voir « Matière à réflexion », p. 2). Gerald Häfner rappela que la triarticulation de l’organisme social a pour point de départ des faits, les capacités sociales de l’humanité. Il cita un exemple récent : le travail sur la « propriété en responsabilité », nouveau concept de propriété. Melanie Reveriego (Allemagne) et Rob Gordon (Australie) partagèrent d’émouvants aperçus sur la situation tragique, jusque dans leur constitution, de jeunes criminels et d’adultes traumatisés. Wolfgang Rißmann (Allemagne) compléta les voies ainsi esquissées par des exercices visant la régénération et le soin, qui aident à élaborer, à vivre un équilibre en soi-même et en lien avec le cosmos. Comme Alejandro Ranovsky, Li Zhang (Chine) montra que l’efficience de l’anthroposophie se manifeste dans un contexte qu’on n’a pas modelé soi-même mais avec lequel il faut entrer en contact, et toujours dans la confiance que des solutions se dessineront.

Le monde tel qu’il est, occasion d’être actif

À partir d’un geste qui saisit le monde tel qu’il est, en vue d’actions positives, ces apports permirent de se pencher sur la situation psychique de l’humanité à partir de l’anthroposophie et de la nature humaine. Il ne faut pas se leurrer, l’impulsion culturelle née de l’anthroposophie subit de durs revers jusqu’en Europe : fermeture d’écoles Waldorf en Grande-Bretagne ou d’une clinique anthroposophique en Suède par exemple. Cette impulsion se nourrit des contacts actifs que cultivent entre eux ses acteurs. Pour la Société anthroposophique, il s’agit des branches, que Joan Sleigh qualifia aussi de « points de lumière », espaces de travail, de lecture, de recherche, de connaissance des autres, de relations en réseau avec les autres branches dans le monde. Les activités de l’École de science de l’esprit englobent le travail intérieur dans l’école de Michaël et les activités dans les différents champs de travail. Les domaines d’activité et la Société anthroposophique sont une seule et même chose. Matthias Girke évoqua la possibilité que des regroupements de professionnels puissent aussi s’affilier à la Société anthroposophique en tant que groupes de terrain. Il exprima qu’il est un monde « qui attend à bon droit quelque chose de la part de la Société anthroposophique ».

Témoigner du travail accompli au Goetheanum

Le congrès annuel et l’assemblée générale témoignèrent des multiples façons dont on travaille au Goetheanum. Les 16 groupes de travail offrirent de nombreuses possibilités d’échanges et de rencontres ; l’art fut présent dans des expositions (dont une nouvelle : « Art de l’éducation, éléments artistiques dans la pédagogie de Rudolf Steiner », avec des travaux d’élèves de l’école Friedwart), de l’eurythmie (ensemble du Goetheanum), de la musique (orchestre de chambre Ad-hoc) et de l’art de la parole (initiative de chœur parlé). L’évocation des défunts fut une cérémonie qui conduisit de la musique au langage puis à la musique, par le biais de l’eurythmie. Matthias Girke souligna que le soin et le partage des spécificités du Goetheanum, de ses formes jusqu'à la fresque du plafond, rendent l’anthroposophie visible. Le fait de répondre aux lettres adressées au Comité directeur, pleines de cœur et d’intérêt vis-à-vis de la Société, peut servir les échanges et la communication avec les membres. N’oublions pas enfin ce qu’exprima un groupe de jeunes membres, leurs efforts pour rester unis, « même si des opinions divergent ». Ils firent ainsi le lien avec la thématique du Comité directeur dans son rapport d’activités oral : vivre la diversité.