« Exerce la voyance de l’esprit » (seconde partie)

« Exerce la voyance de l’esprit » (seconde partie)

27 avril 2020 Christiane Haid 27 vues

Penser dans l’esprit de la Méditation de la Pierre de fondation ne se fait pas sans conscience. Nous sommes en effet exhortés à nous exercer à penser « en vérité », un objectif de développement formulé dans la troisième strophe. Penser en vérité – exercer la « voyance de l’esprit » – signifie de permettre au spirituel divin d’évoluer en traversant l’être humain.


C’est dans « le calme de la tête » que l’âme trouve un lieu à partir duquel elle contemple et pénètre le monde. La tête nous dévoile les « pensées cosmiques » venues des « fondements de l’éternité ». On peut lire dans Philosophie de la liberté : « Dans la pensée, nous avons l’élément qui unit notre individualité avec le cosmos. En sentant et ressentant (également en percevant), nous sommes des individus isolés alors qu’en pensant nous sommes cet être unique qui pénètre tout. C’est là la base profonde de notre double nature. Nous voyons émerger en nous une force absolue, universelle, or nous ne la découvrons pas au moment où elle jaillit du centre du monde mais à un point de la périphérie. » Notre âme possède dans la tête un espace comparable à l’intérieur d’un temple où peuvent se manifester, si nous nous ouvrons à elles, les pensées cosmiques venant des fondements de l’éternité.

Le vouloir libéré

Pour pouvoir suivre l’invitation à « exercer la voyance de l’Esprit », le calme des pensées est un prérequis. C’est grâce à ce calme que nous recevons quelque chose dont nous voyons les prémices dans les deux premières strophes de la Méditation. Nous expérimentons le fondement-Père du monde, dont nous voyons la lumière dans la « souvenance de l’esprit » de la première strophe. Il revient dans la troisième, dans les « desseins éternels des dieux ». Dans le chœur des esprits de lumière de la deuxième strophe, nous voyons s’avancer vers nous la lumière de l’essence des mondes, le Christ. L’union de ces deux éléments nous permet de ressentir notre moi. C’est au Christ que nous devons l’entité de notre moi qui peut, en contemplant les pensées cosmiques, mettre son vouloir libéré au service de la création.

La deuxième partie, macrocosmique, de la troisième strophe commence par ces paroles :

Car les pensées cosmiques de l’Esprit agissent /
En l’essence des mondes implorant la lumière.

Le regard se porte sur le devenir de l’âme humaine à partir d’une perspective cosmique. Le développement du « penser en vérité » est la réponse de l’être humain, elle lui permet d’apprendre à comprendre et à honorer le « car », l’attente du macrocosme et la condition de sa réalisation. Cette toute nouvelle perspective peut être bouleversante.

Pouvons-nous nous habituer à l’idée qu’il existe des êtres issus des hiérarchies qui nous ont créés et contemplent maintenant, pleins d’espoir, leur création ? Nous avons été créés puis livrés à la liberté car la nature de notre vouloir est d’être libre. Aucune instance spirituelle divine n’est davantage là pour guider ou montrer le chemin. Libre à l’humain de ne se servir de sa pensée que pour ses propres désirs et de se retirer, de plus en plus égoïste, en lui-même ou bien de s’éveiller au monde qui est le sien.

En traversant l’être humain

Les « pensées cosmiques » domiciliées dans la sphère de l’esprit ne sont pas là pour elles-mêmes, elles ne deviennent lumineuses que lorsqu’elles s’élèvent par la pensée dans la sphère des pensées cosmiques. Dans la « voyance en esprit », l’« essence lumineuse des mondes » s’offre au « penser en vérité » du méditant sous forme de pensée libre, conformément aux paroles de la première strophe. C’est cette lumière-là qu’implorent les pensées cosmiques. L’être de la lumière se révèle en se réfractant sur la pensée cosmique dans la pensée humaine. On voit que pour pouvoir agir, la lumière divine doit traverser l’humain : « En traversant l’homme, le spirituel-divin va rencontrer un être qu’il n’a pas encore révélé. » (GA 26).

Ainsi, la troisième strophe, dans laquelle l’humain apprend pour la première fois à ressentir son « moi propre », évoque le lien des hiérarchies supérieures avec l’humain et leur dépendance vis-à-vis de lui.

La part du cosmos

Il est impressionnant de voir que l’âme humaine qui s’adresse à elle-même (GA 260) en appelle maintenant aux esprits de la troisième hiérarchie, Angeloï, Archangeloï et Archaï, afin que « monte des profondeurs la prière qu’exaucent les hauteurs » ! L’être humain, en effet, ne vit pas que pour lui-même, mais il a une importance centrale dans l’évolution du monde et pour les hiérarchies : « L’homme est sur terre parce que les Dieux ont besoin de lui, pour que ce qui vit dans le cosmos soit pensé, senti, voulu en lui. Car, quand il pense, sent, veut de manière juste ce qui vit dans le cosmos, les dieux le recueillent et l’implantent dans des formations universelles ultérieures. Ainsi, il participe à l’édification de tout le cosmos. » (GA 276, conférence du 8 juin 1923).

En nous éveillant dans les « pensées cosmiques de l’Esprit », nous n’agissons pas pour nous seuls. L’ensemble du cosmos et des êtres élémentaires prend part à ce processus et entend l’appel de la troisième hiérarchie. L’évolution du monde dépend de manière existentielle de cet éveil.


Textes conseillés

  • Rudolf Steiner, Philosophie de la liberté (GA 4),
  • Rudolf Steiner, Le Seuil du monde spirituel (GA 17),
  • Rudolf Steiner, Directives anthroposophiques (GA 26),
  • Rudolf Steiner, La Mission cosmique de l’art (GA 276),
  • Rudolf Steiner, Le Congrès de Noël, Assemblée de fondation de la Société anthroposophique générale (GA 260).

Bronze de Christian Hitsch : Noyau et enveloppe, bronze, actuellement exposé au Goetheanum.

Note La première partie des suggestions sur le thème de l’année a été publiée dans Anthroposophie aujourd’hui, n° 4, 2020.