Vaincre la paralysie et le silence par la musique

Vaincre la paralysie et le silence par la musique

28 avril 2021 Elizabeth Carmack 211 vues

Dans la civilisation chrétienne, Pâques nous apprend à faire face à la souffrance et à la surmonter : par la grâce et la compassion. Wolfram von Eschenbach l’a élaboré dans son épopée Parzival une voie de développement. Des compositions contemporaines aident à faire l’expérience de ces qualités dans l’espace psychique et même à contribuer à leur guérison.


Wolfram von Eschenbach évoque deux aspects du mystère du Graal dans Parzival. La procession peut être comprise comme une forme de grâce, tandis qu’apprendre une question qui libère autrui de la souffrance requiert une activité : la sagesse acquise. Parzival et avec lui la plupart d’entre nous mettent des années, voire toute une vie, à apprendre à poser la bonne question au bon moment et avec la bonne attitude.

C’est à ces moments-là que le silence peut être plus sage que de poser une question qui peut être pesante pour une personne ou qui peut relancer son traumatisme. En revanche, poser une question qui accepte la souffrance humaine comme un chemin possible vers la sagesse, peut conduire à la liberté. Ce processus exige toutefois sensibilité, discernement et compassion, associés à une acceptation inconditionnelle de l’autre.

Le Graal devenu réalité

Rudolf Steiner indique comment les arts peuvent permettre une meilleure compréhension et un meilleur accès aux mystères de la science de l’esprit. À l’occasion de trois congrès sur le Graal a été composée de la musique pour l’eurythmie, afin de montrer comment les deux arts se complètent. À cet égard, Nigel Osborne a noté qu’« à la musique contemporaine, il faut souvent de nombreuses représentations pour développer une plénitude d’être alors qu’une représentation de la même pièce en eurythmie peut immédiatement donner vie à l’œuvre ».

Voici en exemples deux compositions pour piano seul décrivant le miracle du Graal et la sagesse de la question qui guérit dans le Parzival de Wolfram. Comme le dit Howard Skempton, le compositeur de Gralsstimmung (2010), « Les compositeurs donnent une forme aux émotions et la circularité imaginée d’un Graal physique est transmise dans le caractère et la structure de la pièce. Gralsstimmung s’intéresse à la lumière et à l’espace et rend hommage à la réalité et à l’intégrité du Graal lui-même. » Le compositeur imagine le Graal comme un « concept universel » : « Si je suis enthousiasmé par la « réalité » du Graal, c’est parce que je peux lui permettre de devenir réalité en imaginant que même le concept le plus abstrait est tangible. »

L’âme reconquiert sa voix

Composée pour un congrès consacré à la vie après un génocide, Nigel Osborne explore dans Unfinished Memoirs (2012) l’apport de la musique au lendemain d’un traumatisme et d’une injustice lors d’un génocide, dans l’espoir de surmonter l’insupportable. Le compositeurs capture l’esprit du Graal pour notre époque : sa composition illustre comment des moments de compassion peuvent restaurer la plénitude de l’esprit. La capacité consciente de Parzival à poser la question guérissante « Was wirret dir ? » (ce qui revient à « Qu’est-ce qui te manque ? ») est également présente dans la conscience du compositeur.

Osborne reconnaît qu’essayer de comprendre les sentiments de l’autre dans la musique peut contribuer au processus de guérison. Dans la composition, la paralysie et le silence sont transformés en guérison consciente. Ce n’est pas le compositeur qui parle dans Unfinished Memoirs mais ce qui se cache dans chaque personne qu’il entend, qu’il écoute, auquel il prête une oreille attentive.

Ainsi l’auditeur peut-il expérimenter dans la musique la possibilité pour l’âme de reconquérir sa voix, même après une paralysie et un silence forcés, pour une guérison saisie en conscience.


Compassion

Là où l’amour, où la compassion se manifestent dans la vie, on perçoit le souffle enchanteur de l’esprit qui pénètre le monde des sens. […] Alors que le sentiment du Moi, sentiment nécessaire pour les expériences dans les mondes occultes, s’affaiblit facilement, […] les sentiments de haine, de froideur, les impulsions immorales deviennent des expériences psychiques fortes précisément après l’entrée dans le monde suprasensible ; elles se dressent devant l’âme comme des reproches devenus vivants et deviennent des images à l’aspect hideux. […] Mais l’âme se pénètre de ces forces qui altèrent la clairvoyance acquise. […] Par contre, l’amour véritable, l’authentique bienveillance sont aussi des expériences psychiques de nature à raffermir les forces de la conscience, comme il est nécessaire pour accéder à la clairvoyance.

Source
Rudolf Steiner, Le Seuil du monde spirituel, chapitre « Du sentiment du Moi », GA 17.