Vivre dans le tu

Vivre dans le tu

23 mars 2021 Sebastian Jüngel 22 vues

Retour sur les entretiens de la Direction du Goetheanum au sujet des caractéristiques d’un ésotérisme anthroposophique, notamment au regard de sa réception par le public.


De nombreuses personnes, y compris dans le monde de la politique, de l’économie et du sport, tentent de se préparer à des tâches intenses, voire stressantes, par des exercices de relaxation, de méditation et d’autres formes d’entraînement mental. Or il y a rarement de demandes pour ce que l’anthroposophie peut offrir. En outre, dans les médias publics et sur les plateformes numériques, en dehors de l’appréciation et de la reconnaissance, s’accumulent des attaques contre les anthroposophes, traités tour à tour d’« anti-vax », d’antisémites ou de complotistes.

Des maximes issues de l’anthroposophie peuvent certainement être utilisées pour affronter la maladie ou des situations difficiles dans la vie privée ou au travail. Cette mauvaise réputation est-elle due à une transmission (« mystérieuse ») difficile à comprendre pour les personnes extérieures ? Pourquoi néglige-t-on le fait que toutes ces paroles, jusqu’au libellé des leçons de la première Classe, sont publiés et accessibles à tous ?

Accord entre parole et acte

Le travail intérieur anthroposophique ne vise pas l’auto-optimisation. Dans le contexte médico-thérapeutique par exemple, la voie méditative de la connaissance sert à développer le Je humain afin qu’il puisse inspirer le besoin de traitement du patient et renforcer l’action thérapeutique. En se tournant vers le Tu, le but désintéressé devient clair : le développement du Je sert un autre. Est-ce la promotion de ce qui est véritablement individuel qui justifie en partie les attaques ?

L’approche anthroposophique de l’ésotérisme relie la voie méditative de la connaissance à la vie pratique. Elle favorise le développement intérieur de l’être humain, relie son être spirituel au spirituel du monde et a donc un effet pratique sur la vie. La pratique de vie peut se rapporter à l’action ici et maintenant, à la culture de la relation avec les défunts ou le monde des entités spirituelles. L’exigence selon laquelle l’ésotérisme ne s’accomplit qu’à travers cette pratique est liée à l’invitation de vivre ce que l’on représente et de ne représenter que ce qui est basé sur ses expériences et capacités, ou d’indiquer clairement quand on se réfère à quelque chose. Dans le cas contraire, il est justifié de résister.

En outre, le manque de clarté concernant la méthodologie de la connaissance ou les bases du jugement peut mener à une impression de mysticisme impénétrable et à de l’incompréhension. Il s’agit d’une tâche communicative. Comment la mener de manière correcte et compréhensible ?

Ouverture sur le monde de l’essentiel

Les fruits du travail ésotérique peuvent éclore dans nos actes. Ils ne sont alors pas le contenu actuel de la conscience, mais mènent à travers la « porte de l’oubli » dans le « monde de volonté conscient du sommeil ». Il faut pour agir, outre les préparatifs, présence d’esprit et ouverture à la situation réelle au sens où l’entend Dag Hammarskjöld : « Gratitude envers ce qui est passé, oui à ce qui vient ! ».

Sur le chemin du vivre en pensée au vivre dans le Tu, il s’agit de construire une relation avec l’autre, de le laisser « parler » à sa façon : c’est l’entrée dans le monde de l’essentiel et des êtres.

Y a-t-il besoin de décrire davantage l’approche du travail en médecine anthroposophique, agriculture biodynamique et éducation Steiner-Waldorf ? Et la manière dont s’articulent travail quotidien et chemin de connaissance ?


Résumé d’un entretien au sein de la Direction du Goetheanum.