Réponse au courrier de Heike Oberschelp (Anthroposophie aujourd’hui, n° 6, 2019)

Réponse au courrier de Heike Oberschelp (Anthroposophie aujourd’hui, n° 6, 2019)

03 juillet 2019 Maja Schmid 13 vues

Madame,Vous aviez visiblement envie, après un bref retour sur les événements de l’année précédente, de sortir d’un état de trêve des cœurs pour vous tourner vers l’avenir et contribuer de façon constructive aux tâches qui sont devant nous. Le résultat de l’assemblée générale de 2018 semble avoir pris de court beaucoup de membres. Les citoyens suisses ont naturellement une plus grande habitude des votations que d’autres nations (avec plusieurs votations par an au niveau national, cantonal et communal).


La question de la valeur et des limites du droit des associations suisses ne peut être débattue ici. Je suis bizarrement touchée cependant quand je lis que vous jugez la prise de position de plus de 60 % des présents comme une atteinte à l’harmonie. Je pense ne pas me tromper en disant que dans les nombreuses discussions dont vous faites état, les conditions préalables de ce vote ont été interrogées. Vous ajoutez à votre lettre une parole grave de Rudolf Steiner. J’espère que nous arriverons à terme à déployer la force morale de ces paroles. Dans la situation qui nous occupe, vous semblez estimer qu’une bonne partie des membres a succombé à une erreur – ce qui nécessiterait le pardon ! Comment aller au-delà des préjugés gratuits qui mènent dans le vide et les remplacer par un regard aiguisé, quasi médical, dans le sens d’une anamnèse resserrée et objective ? Les motions lors d’une assemblée générale proviennent d’une implication volontaire concrète de cette nature, par exemple en ce qui concerne la situation financière.

Arrivée ici, je m’interromps pour vous raconter l’histoire bien connue de ce vieux couple : un des conjoints gémit lors de sa partie d’échec quotidienne : « Je n’ai plus envie, de toutes façons ce que j’ai fait durant toutes ces années, je l’ai fait par amour pour toi ! » Et l’autre de répondre : « Et moi, par amour pour toi ! »

Cette petite scène montre de façon exemplaire que le besoin d’harmonie sans implication de la volonté ne suffit pas pour solutionner les problèmes de la vie. Créer des ponts signifie avoir le courage d’affronter ce qui doit être transformé (évidemment en premier lieu en soi). Développer ce courage nécessite, au-delà d’une bonne volonté indispensable, un authentique intérêt né d’une force de volonté qui nous aide à nous surpasser. Voilà mon espoir ! Je forme le vœu que vous puissiez recevoir ces lignes avec compréhension et que vous soyez prête à pardonner.