Vers une responsabilité partagée

Vers une responsabilité partagée

27 mai 2020 Matthias Girke & Justus Wittich 36 vues

Les textes des leçons de Classe de l’École de science de l’esprit ont été publiés dans une nouvelle édition (volume 270 des œuvres complètes de Rudolf Steiner) et seront bientôt disponibles pour la première fois dans une version bilingue allemand-anglais.


Les voici donc à disposition des membres de l’École et accessibles à toutes personnes intéressées.

Lire les leçons de Classe revient à se confronter à une « loi occulte » décrite par Rudolf Steiner, selon laquelle l’efficience des méditations transmises perd de sa force du fait de leur publication. Face à une situation qui a évolué dès 1992, quels aspects guident le travail de la première Classe de l’École de Science de l’esprit ?

Un point de vue essentiel de Rudolf Steiner, en date du 28 décembre 1923, a déjà été mentionné dans la préface de l’édition de ces textes en 1992 : « Cet esprit du temps ne supporte pas le mystère extérieur, alors qu’il supporte très bien le mystère intérieur » (GA 260). L’enjeu concerne donc la culture de ce mystère intérieur, qui revêt une importance particulière après la publication de ces textes. Elle vit dans la volonté des membres de l’École de science de l’esprit de représenter l’anthroposophie et englobe le développement intérieur de l’être humain et sa connaissance de soi, « qui veut conduire le spirituel dans l’être humain vers le spirituel dans l’univers » (GA 26, première des Directives anthroposophiques). Une communauté de responsabilité partagée se forme alors, dont la substance est la volonté d’accomplir ce travail.

Points de vue sur l’efficience

Si l’efficience du travail méditatif individuel n’est pas affectée par la publication des méditations (Rudolf Steiner a par exemple publié la Méditation de la Rose-Croix sans présumer d’une perte d’efficacité), la pratique de ce travail méditatif dans un contexte humain plus large menace son efficacité. L’être spirituel qui accompagne la personne est proche du travail accompli lors de la méditation individuelle ; au travail collectif se lie par contre non seulement l’ange, mais aussi un être spirituel appartenant à la hiérarchie des archanges. C’est dans ce sens que Michaël, esprit du temps et archange, fut convoqué pour devenir le guide de l’École.

La structuration initiale au sein de l’École fut très fortement compromise peu après le décès de Rudolf Steiner et ces entraves dans l’efficacité du travail se sont enchaînées dans les décennies suivantes. Il ne s’agit plus aujourd’hui de vouloir maintenir par pure tradition une situation qui ne peut plus l’être de cette façon. « Le monde ne peut », en effet, « tolérer de secret extérieur ». Il faut (et Jörgen Smit l’a bien indiqué au sujet de la question de l’efficience) la volonté de ceux qui sont ou veulent devenir membres de l’École pour sans cesse stimuler, recréer et donner ainsi un élan à l’action de cette « coupe », de cette connexion de « frères et sœurs » à travers le monde. Elle naît de la quête de la vérité dans les questions de connaissance, de l’atmosphère méditative du travail intérieur et du sérieux qui accompagnent la conscience qu’on est un membre actif de cette école. Ce cadre est décisif pour l’efficience du travail.

De bouche à oreille

Les leçons transmises en direct, de « bouche à oreille », permettent de pressentir le lien avec le monde spirituel et Michaël – et donc avec la source de leur efficience. La chose est palpable : la vitalité de l’anthroposophie, qui s’est manifestée de façon si impressionnante au cours des 100 dernières années et a transformé la vie culturelle et sociale, ne résulterait-elle pas de ce travail que réalise l’École de science de l’esprit et de ses déclinaisons dans les sections ? Les défunts et ceux qui nous ont précédés ajoutent leur aide à ceux qui œuvrent sur terre. On conçoit dans pareil contexte que le travail de l’École impacte la personne mais surtout toute l’humanité. L’École de science de l’esprit est un espace de travail aux dimensions de la planète qui, dans ce sens, peut développer une qualité et une efficience « non publiables » et dispose de règles claires concernant l’admission de ses membres.

Elle ne se développera cependant que si elle est soutenue par la Société anthroposophique et se considère comme « l’âme » de cette société. D’autres contextes de travail peuvent peut-être lui être bénéfiques ; mais l’efficience décrite ci-dessus ne se réalisera que si un corps social (la Société anthroposophique) s’unit à son âme (l’École de Science de l’esprit) et son être spirituel, comme l’indique le nom d’« École de Michael ». Seul un rapport sain entre le corps, l’âme et l’esprit peut produire un effet puissant et bénéfique : c’est pour l’impulsion culturelle anthroposophique l’enjeu majeur dans le siècle à venir.

Matthias Girke, Goetheanum

Changement de paradigme

La Société anthroposophique voit dans l’École de science de l’esprit un centre de son action », stipulent les statuts fondateurs de 1923-24, chose encore vraie aujourd’hui. Rudolf Steiner décrivit en 1924 les conditions d’existence de cet établissement supérieur d’un genre nouveau et mit en place la première des trois Classes prévues ainsi que plusieurs sections spécialisées. Bien que les publications de cette École soient publiques, pendant de nombreuses décennies, l’ensemble des mantras de la première Classe ne fut accessible de bouche à oreille qu’à ses membres, les transcriptions de ce que Rudolf Steiner avait donné par oral étant uniquement réservées aux transmetteurs des leçons de Classe.

Après la mort de Rudolf Steiner, l’impulsion de l’École s’est maintenue au-delà de la Seconde Guerre mondiale (voir Johannes Kiersch et Peter Selg). Développée entre autres par Jörgen Smit, elle s’est implantée ensuite de plus en plus profondément dans différentes sphères culturelles et linguistiques.

En 1992, la direction de l’École décida avec l’administration en charge de la succession de Rudolf Steiner d’une publication commune, avant passage dans le domaine public, de tous les textes et mantras, une première édition grand format, difficilement accessible. Une réédition distincte des autres réimpressions (un volume avec des textes, des carnets de notes, des dessins au tableau et des notes révisées, GA 270) a été publié depuis par le Rudolf Steiner Verlag de Bâle, sous la responsabilité de l’École de science de l’esprit.

Justus Wittich, Goetheanum


Web Rudolf-Steiner-Verlag