Le Goetheanum avance-t-il ?

Le Goetheanum avance-t-il ?

24 mars 2020 Justus Wittich 34 vues

Les comptes 2019 sont clôturés, avec un résultat clairement positif, et ce uniquement grâce à la cession d’une maison. Par ailleurs, les charges salariales ont baissé au cours des quatre derniers exercices. Une chose est claire : malgré l’apport financier des membres, il faut penser à de nouvelles sources de revenus.


Nous pouvons d’emblée nous réjouir du résultat de 2019, nous réjouir d’avoir tous ensemble réussi à bien piloter le Goetheanum à travers l’année, à l’aide des cotisations des membres, des nombreux dons, grands et petits et du soutien institutionnel de fondations et de bailleurs, sans oublier les performances des collaborateurs du Goetheanum. Chacune des onze sections de l’École de science de l’esprit a pu pour l’essentiel mener à bien ses travaux de recherche, ses projets, de nombreux colloques et de grandes rencontres sans échecs imputables à un manque de moyens. Le Goetheanum a pris une part active dans les événements de l’année de commémoration que fut 2019 à travers « Waldorf 100 » et les « 100 ans de l’impulsion pour la triarticulation ». Les salaires des quelques 206 collaborateurs ont été versés chaque mois en temps voulu et même si dans de nombreux domaines une « trop grande charge de travail » a causé des soucis, les équipes se sont soudées plus intimement et travaillent avec joie.

Il fut même possible de mener à bien, pour la somme de 326 512 CHF, la rénovation des nombreuses et vastes portes en bois d’origine de l’entrée ouest du Goetheanum, une exigence des autorités afin qu’elles soient aux normes de protection incendie. Et nous disposons à nouveau en fin d’exercice, après un résultat comptable de 355 865 CHF, de fonds propres à hauteur de 121 220 CHF. Le trésorier peut-il souhaiter davantage ?

Un équilibre obtenu seulement grâce à la levée de réserves latentes

Un deuxième regard montre que le Goetheanum ne doit ce réjouissant résultat qu’à un événement exceptionnel. Une constellation particulière et imprévisible du destin a permis la cession d’un bien du domaine foncier du Goetheanum sis à Dornach pour une valeur de plus de 2 millions CHF au Gerard-und-Elisabeth-Wagner-Verein, association à but non lucratif qui héberge l’école de peinture Rudolf Steiner (Caroline Chanter). L’association, quant à elle, n’a pu financer cette acquisition que grâce à l’offre inattendue d’une importante donation par une ancienne élève de Gerard Wagner.

Se défaire ainsi d’une « réserve latente » du Goetheanum par la vente d’un bien foncier est une grande responsabilité et un fait rare. Le Goetheanum renonce en effet par principe à mettre sur le marché un bien foncier lui appartenant et ne se dérobe pas à sa responsabilité vis-à-vis de l’architecture organique à Dornach (voir entre autres l’initiative « Sentier d’architecture »). Une telle vente entraîne au final une perte de recettes courantes qui ont atteint dernièrement quelques 50 000 CHF mais diminue cependant les difficultés parfois considérables liées à la maintenance et à la location.

Un motif de base d’une institution de la vie de l’esprit

Faute de tels événements exceptionnels au cours de presque toutes les dernières années (importantes donations inattendues, tel ou tel legs d’un montant élevé ou plus rarement ce genre de cession d’un bien foncier), le Goetheanum devrait réduire ses dépenses de fonctionnement et plus généralement les activités et le nombre de ses collaborateurs de 10 à 15 %. Un tel scénario équivaudrait à une coupe sombre ! Un tiers environ des recettes annuelles du budget (de l’ordre de 5 millions CHF) n’est ni assuré, ni prédictible : on a là le marqueur d’une sorte de motif de base du Goetheanum, institution vouée à la culture et à la vie de l’esprit. Les dépenses prévisibles sont, elles, budgétées avec exactitude.

Le réalisme exige de se contenter pour de nombreuses recettes de suppositions. Combien de membres seront prêts cette année à un don en plus de leur cotisation ? Quelle fondation se décidera à soutenir l‘un des nombreux projets des différentes sections ? Et quelle rencontre parmi celles que nous avons préparées ou quelle représentation attirera un nombre particulièrement important de personnes ? Tout ceci est difficile à prévoir de façon approximative et il faut cependant s’impliquer ensemble dans une telle entreprise.

Dès lors, les artistes du Goetheanum et les responsables de section actifs dans leur domaine à travers recherches et tâches de coordination doivent défendre leur point de vue, s’engager avec courage, développer simultanément un savoir-faire de chef d’entreprise, gagner la confiance de personnes intéressées et générer ainsi un flux financier qui soutient économiquement le Goetheanum en tant qu’école supérieure.

Il est rare également de percevoir dans sa réalité la grande énergie nécessaire pour préparer un plateau « clé en main » sur lequel la troupe d’eurythmie du Goetheanum ou les artistes d’un spectacle en tournée pourront évoluer. Il en est de même pour l’administration du bâtiment, les services de gestion, la planification des événements, l’accueil et finalement la communication, la librairie et les archives, autant de postes nécessaires pour mener à bien projets de recherche, publications, colloques scientifiques et grandes rencontres et pour traiter chaque année 70 0000 journées de présence au Goetheanum.

Travail sur la structure de l’entreprise

Cette situation globale ne nous a pas empêchés de poursuivre l’an passé aussi un travail acharné sur la structure des finances du Goetheanum. Les moyens financiers en faveur des sections ont ainsi connu une forte hausse, entre autres à l’aide de la World Goetheanum Association (budget supplémentaire de 186 133 CHF lors de son premier exercice, voir les détails plus loin) et sont passés de 2,5 à 3,3 millions CHF. Les dépenses ont toutefois augmenté dans la même proportion.

La collaboration internationale des trésoriers initiée en 2018 fut elle aussi importante. Leur deuxième rencontre a eu lieu en novembre 2019 à Londres. Ils représentent plus de 80 % des membres du monde entier. Fait nouveau, on dispose à présent, pour les cotisations et leur montant, de règles décidées avec les comités des sociétés de pays. Il fut ainsi possible de viser une réelle stabilité des recettes issues des cotisations des membres malgré un nombre de membres légèrement en baisse (en raison des évolutions en Allemagne, Suisse et Grande-Bretagne). À côté de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Italie, la Grande-Bretagne a pu en 2019, pour la première fois, réunir la pleine contribution de 125 CHF pour chacun de ses membres grâce au travail de son trésorier.

Un bon début pour la World Goetheanum Association

Fondée en 2018, cette association est en bonne voie. 150 partenaires du monde entier ont adhéré à sa charte et au règlement du fonds. Il existe à présent un cercle d’initiative légitimé par l’assemblée des partenaires et un cercle de confiance international élu qui décide de l’utilisation des moyens financiers. En 2019, les 424 965 CHF de dépenses de l’association ont été rassemblés par ses partenaires. 377 434 CHF ont été utilisés en faveur de projets et d’initiatives anthroposophiques dans le monde et au Goetheanum.

L’association dispose depuis 2018 d’un secrétariat à Dornach et a pu aussi, en février 2020, mandater en la personne de Andrea Valdinoci un directeur chargé de son développement. Dans ce processus, il est particulièrement important pour le Goetheanum que ce lieu devienne un espace de collaboration et d’échanges avec des chefs d’entreprise et des institutions, permettant des buts et des projets partagés.

Merci pour tant d’engagement et de soutien

Nous sommes encore « à l’étroit » en termes de personnel. Les moyens mis à disposition pour les charges salariales sont passés d’un montant de presque 11 millions de CHF en 2016 à moins de 10 millions en 2019. Réduire davantage encore ce poste est quasi impossible, à moins de devoir renoncer aux prestations que le Goetheanum a réalisées jusqu’ici.

Tous ces efforts doivent à moyen terme stabiliser la situation financière et la vie économique du Goetheanum et permettre qu’émerge un plus vaste cercle de personnes qui contribuent à porter le Goetheanum car elles voient dans son activité quelque chose de justifié. En parallèle, l’École de science de l’esprit et ses sections s’efforceront de plus en plus d’apporter à tous ceux qui sont actifs dans le monde et dans les différents domaines de vie des contributions significatives qui les soutiennent. Nous avons déjà fait des pas décisifs dans ce sens ces dernières années. Le défi financier qu’est le Goetheanum ne sera relevé année après année que grâce à votre soutien et votre engagement et je vous en remercie de tout cœur. Nous avons pas mal progressé dans ce sens ces dernières années, même si ce défi financier que représente le Goetheanum année après année ne saurait réussir qu’avec le concours simultané de votre engagement et de votre soutien.

Un merci appuyé à Olivier Conradt, responsable du département financier, pour la gestion de milliers de pièces comptables et des procédures qui y sont liées et à son équipe : Sylvie Stürchler, Nanna Osmer et Ileana Toma.


Web www.goetheanum.org/fr/societe-anthroposophique/finances