Musique dans la nature

Musique dans la nature

27 mai 2020 Sebastian Jüngel 18 vues

Depuis le 23 avril, Christian Ginat joue de l’alto tous les jeudi à 18h30 dans le parc du Goetheanum.


Sebastian Jüngel Que ressentez-vous lorsque vous jouez dans la nature ?

Christian Ginat
Au début, je cherchais une façon simple de faire de la musique, maintenant que j’ai du temps pour travailler, je veux résister, à mon petit niveau, à la relégation forcée du culturel dans la solitude. Ensuite, c’est la découverte des travaux de Hans-Christian Zehnter et de Dirk Kruse qui a renforcé mon intérêt pour le dialogue entre culture et nature, entre musique et paysage.

Ouverture du son à l’esprit

Jüngel Les sons traversent bien l’espace naturel, presque mieux à une distance de 20 à 30 mètres qu’à cinq mètres. Derrière le Felsli, je vous entendais encore bien. Quelle peut en être la raison ?

Ginat
Lorsqu’un lieu comme celui-ci – marqué tant par des constructions et des routes que par des plantes et des arbres – offre un espace sonore aussi particulier, c’est comme si on assistait à une revitalisation voire une rédemption des sons. C’est toujours dans le dialogue entre espace et instrument que naît le son, et dans l’ambiance de ce dialogue acoustique qu’apparaît la spiritualité naturelle ressentie confusément. D’où votre observation de la résonance de l’environnement.

Jüngel
Vous jouez entre autres des gammes de Schlesinger et des œuvres de Heiner Ruland, en plus de vos compositions. D’après mon observation, ces musiques se liaient plus facilement à l’environnement naturel que la composition intrinsèquement plus structurée de Jean-Sébastien Bach. Même le bruissement du vent dans les arbres ou le vol d’un bourdon formaient une musique en moi. Y a-t-il un genre de musique qui convient mieux aux espaces naturels qu’aux espaces culturels ?

Ginat
Lorsqu’on joue de la musique classique, on ressent une forte valorisation de soi à travers les sons. Cela ne conduira pas forcément à l’égoïsme – comme le dénonce par exemple Nietzsche – parce que vous pouvez en faire profiter la composition interprétée. Mais dans les musiques plus récentes, l’impression d’une ouverture du son à l’esprit se fait fréquemment ressentir. Elle peut prendre des formes très différentes : un de mes amis compositeur n’a pendant des années écrit que des sons ténus, très doux. D’autres – comme moi – aiment la finesse des intervalles que proposent sans dogmatisme les gammes de Schlesinger. Généralement, les compositions basées sur ces gammes suivent une forme moins rigide.

Appel à renforts

Jüngel Comment réagit votre instrument aux conditions météorologiques ?

Ginat
Je joue sur un alto en frêne d’Arthur Bay, avec des cordes en acier relativement robustes. Seul l’archet et la colophane réagissent à chaque changement du taux d’humidité...

Jüngel
Avez-vous fait d’autres observations ?

Ginat
J’ai appelé ce début Culture au bord de l’étang et je suis curieux de voir quels compagnons d’armes me rejoindront – des renforts seraient bienvenus ! Mon rêve serait de donner des concerts dans les escaliers du Goetheanum !


Contact christian.ginat@gmail.com