Recherche de vérité et prise de décision

Recherche de vérité et prise de décision

24 novembre 2020 Philip Kovce 36 vues

Chaque fois que des sujets tels que les vaccins, le changement climatique, l’homéopathie, le glyphosate ou la COVID-19 font l’objet d’une controverse, deux perspectives se mêlent sans cesse : celle de la science et celle de la politique. Il est important de reconnaître leur différence fondamentale comme une condition préalable à leur interaction fructueuse.


Quiconque veut imposer des vaccinations, la protection du climat sur la base de découvertes scientifiques, interdire le remboursement de l’homéopathie ou l’application du glyphosate fait un tour de passe-passe politique. On se réfère ainsi à la science, dont on considère que les conclusions soi-disant sans ambiguïté sont synonymes d’exigences politiques et l’on veut donc les mettre en œuvre sans crier gare. Si la science et la politique sont ainsi mises dans le même panier, les affaires scientifiques et politiques sont gâchées.

La science est condamnée à servir la recherche de la vérité. Celui qui en abuse pour s’assurer une majorité coupe inévitablement l’arbre de la connaissance. Pour que cet arbre puisse pousser et s’épanouir, l’art et la science, la recherche et l’enseignement, comme le dit si bien la constitution allemande, doivent être libres.

Pertinence et légitimité

Cela signifie non seulement que la recherche du meilleur argument et la volonté constante de corriger les erreurs doivent être libres de toute influence politique, mais aussi que l’état actuel de la recherche, aussi clair soit-il, n’anticipe jamais les décisions politiques. Le fait que les émissions de dioxyde de carbone d’origine humaine soient à l’origine du réchauffement de la planète selon un large consensus des chercheurs en climatologie est une chose. Mais ce qui en découle politiquement n’est pas soumis à une quelconque fatalité sans alternative et ne doit pas être décidé de manière académique mais démocratique.

Ce qui nous amène à la mission de la politique. Celle-ci ne consiste pas à trouver la vérité, mais à prendre une décision. Dans une société libre de citoyens égaux, elle permet la coordination continue des affaires publiques. Ceux qui évitent cette confrontation sur un pied d’égalité avec les autres et qui préfèrent répandre des informations depuis leur tour d’ivoire plutôt que des commandements supérieurs, refusent finalement de s’engager dans la politique et nuisent à la démocratie.

La popularité de ce type de mutilation de la politique et de la science est due notamment à deux problèmes aigus : le déficit de pertinence de la science et le déficit de légitimité de la politique.

Liberté et connaissance

L’« homo academicus » financé par des ressources extérieures à la vie de l’esprit espère exploiter des ressources d’une pertinence insoupçonnée en politisant ses connaissances particulières. Le « zoon politikon » post-démocratique n’est pas différent, qui vend ses exigences comme les résultats de la recherche scientifique dans l’espoir de profiter subjectivement de la prétention de la science à l’objectivité.

C’est tragique dans la mesure où cela obscurcit également la façon dont science et politique sont réellement liées. Elles se nourrissent toutes deux des conditions qu’elles ne peuvent garantir elles-mêmes. Trouver la vérité dans la science requiert une liberté politique de la même manière que prendre une décision politique, exige des connaissances scientifiques. La recherche de la vérité sans liberté débouche sur l’idéologie ; la prise de décision sans connaissance aboutit à un régime arbitraire. La recherche libre de la vérité et la prise de décision éclairée sont les pierres angulaires des sociétés ouvertes.


Cet article a été publié dans le numéro 21/2020 de Das Goetheanum et constitue la postface du livre, retravaillé pour Anthroposophie aujourd’hui, ‹Ich schaue in die Welt. Einsichten und Aussichten› de Philip Kovce, Verlag am Goetheanum, 2020.