« Les animaux veulent être reconnus »
100 ans exactement après le premier cours aux médecins de Rudolf Steiner, le Goetheanum propose le premier congrès international de médecine vétérinaire anthroposophique.
Pour Sabrina Menestrina, coordinatrice en médecine vétérinaire au sein de la section médicale, il importe de reconnaître que l’animal ne peut poursuivre son évolution sans l’être humain (et vice versa).
Sebastian Jüngel : Quel est votre lien personnel aux animaux ?
Sabrina Menestrina : J’ai grandi avec des animaux domestiques. Depuis que je suis petite, nous avons toujours eu des chiens. J’ai su plus tard que mon métier serait en rapport avec la médecine. La vie a montré que j’étais proche des animaux. Après mes études universitaires et une formation commune aux médecins, vétérinaires et pharmaciens en Italie, je suis devenue vétérinaire d’orientation anthroposophique.
Jüngel : Même les chiens d’une même race révèlent des « caractères » très différents.
Menestrina : Oui, il y a chez les animaux vivant dans une famille ou une ferme des tendances à l’individualisation – c’est cela qui nous les rends proches. Les animaux veulent être reconnus par l’homme et lui ressembler. On en arrive parfois à des rapprochements plutôt drôles, par exemple quand, dans le lit de son maître, le chien pose sa tête sur l’oreiller. Ils sont parfois si proches de nous qu’on ne s’étonne pas de voir des chiens sauver des enfants en situation de danger.
L’existence animale est un sacrifice
Jüngel : Comment considérer l’animal de compagnie ?
Menestrina : L’animal n’est pas un être humain. Il a besoin de liberté de mouvement, de nourriture et d’eau fraîches, de sommeil. Un chien veut aussi jouer. L’animal est un être en mouvement, doué de psychisme ; des fluides circulent en lui, imprégnés de la sagesse de son instinct. On peut en outre se lier à lui dans l’empathie en prenant conscience que son existence est un sacrifice : sur notre chemin de développement, nous avons, nous les humains, laissé les animaux derrière nous. Si nous ne nous tournons pas vers eux, nous perdons aussi quelque chose sur notre chemin d’êtres humains.
Jüngel : Rudolf Steiner a donné des cours pour des médecins, des thérapeutes mais ne s’est pas adressé aux vétérinaires. Sur quelle base travaillez-vous ?
Menestrina : Rudolf Steiner a parlé ici et là de l’être de l’animal, il l’a fait aussi dans le Cours aux agriculteurs, dans ce qu’on appelle le Cours sur les papillons et dans les Révélations du Karma (GA 327, 230 et 120). De nos jours, l’animal est très spécialisé, il forme un tout, ne peut sortir de sa condition comme nous autres, capables d’évoluer. Chaque animal s’exprime par les sons qu’il produit, ou – dans le cas des animaux silencieux – par un mouvement, montrant ainsi à son âme-groupe cosmique qu’il vit sur terre. Cela nous renseigne sur son lien avec le cosmos et nous pouvons en apprendre quelque chose.
Lien avec l’environnement humain
Jüngel : Jusqu’où transférer les connaissances de la médecine anthroposophique pour les humains à la médecine vétérinaire ?
Menestrina : La chose semble d’abord impossible : l’homme est un être vertical, l’animal est horizontal. Ces deux directions forment une croix – l’être humain dans sa totalité.
Jüngel : Pour dire autrement : en quoi la maladie diffère-t-elle chez l’homme et l’animal ?
Menestrina : L’animal n’a pas de moi individuel, donc pas de karma, il est soumis au milieu, à la nourriture qui lui conviennent. Faute de cela, et s’il ne dispose pas de ce qu’il lui faut, il tombe malade. L’animal domestique est en outre très lié à l’homme et n’est pas délimité comme lui. Il peut percevoir notre aura éthérique et astrale et s’imprègne de nos pensées, de nos sentiments et de nos intentions.
Une enquête a montré que le stress de l’être humain se transmet à l’animal. Il faut donc aujourd’hui aussi soigner les animaux sur ce plan. En tant que vétérinaire, je soigne l’animal malade mais « j’éduque » aussi son propriétaire à un juste rapport à l’animal. La maladie de l’animal me permet de comprendre beaucoup de choses sur son maître. Il arrive que j’en parle à son médecin de famille. L’animal est le miroir de l’être humain.
Jüngel : Les animaux éprouvent-ils de la douleur ?
Menestrina : Oui, mais ils ne peuvent la refléter. Un animal à sang chaud comme le cheval souffre intensément car il ne « sait » pas comment maintenir sa douleur dans un équilibre supportable. L’animal ne se contente pas de percevoir la souffrance ponctuellement, il la vit comme un tout. Cette non-compréhension de la douleur est associée chez lui à la peur. Cela nous montre que les animaux en sont restés, au bénéfice de l’homme, à une phase de développement que nous avons franchie, phase où ils ne pouvaient vaincre la douleur. Or cette peur n’est pas le fait de l’animal isolé, elle s’étend jusqu’à l’âme-groupe.
Jüngel : Et qu’en est-il de la mort ?
Menestrina : Autant que je puisse en juger, les animaux ne craignent pas la mort car elle leur est toute naturelle. À la différence de l’homme, l’animal n’a pas besoin de se représenter à quoi ressemble l’éternité : membre de l’âme-groupe, il lui est lié de nature.
Les animaux ne sont pas des substituts relationnels
Jüngel : On dit qu’on peut développer chez l’animal des facultés lui permettant par exemple de prendre soin d’autres êtres.
Menestrina : C’est vrai. Mais attention, ce sont des animaux, non des substituts relationnels. L’animal est beau, parfait ; il lui manque l’amour qui ne peut venir que de l’homme. On projette souvent des besoins humains sur les animaux, le fait par exemple de consommer des friandises. Mais ce n’est pas de l’amour. Il faut aujourd’hui éclairer ce concept : l’amour est un intérêt mutuel résultant de la connaissance. L’animal de compagnie est pour beaucoup un « enfant à fourrure », donc un substitut d’enfant. Il naît moins d’enfants aujourd’hui et En Europe, nous aurons bientôt davantage de vétérinaires que de pédiatres. L’Italie, évidemment, détient le record… Mais d’autres pays d’Europe nous suivent de près !
Premier congrès anthroposophique international de médecine vétérinaire Questions et solutions de la médecine vétérinaire sur les maladies animales, du 20 au 22 mars 2020 au Goetheanum.