Hartmut Haupt

Hartmut Haupt

03 juillet 2019 Sebastian Jüngel 22 vues

Hartmut Haupt aimait l’art, la science et la religion : grand mélomane à l’oreille absolue, sa vie le mena d’abord vers la physique et le séminaire des prêtres, avant un retour à la musique.


Une vie pour l’orgue

Il naquit à Bonn en 1932, cinquième enfant de parents musiciens. La Toccata et Fugue en ré mineur de Bach éveilla son goût prononcé pour l’orgue. Quand ses parents déménagèrent à Iéna, apparut son intérêt pour l’astronomie et la météorologie, qu’il étudia dès 1950, mais, insatisfait, il se tourna vers la physique, qu’il mena jusqu’au doctorat.

Par son premier mariage, il rencontra l’anthroposophie, qui ne pouvait vivre en RDA que sous l’égide de la Communauté des chrétiens. Cette rencontre fut un tournant dans sa vie. Il démissionna alors de la société pharmaceutique Jenapharm pour étudier au séminaire des prêtres de la Communauté des chrétiens. Il revint vers Jenapharm, désormais père de famille, peu avant la fin de ses études.

Pendant ces années, il se consacra à son amour pour la musique. Il lui arrivait souvent de s’installer à l’orgue dès 5h30, avant d’aller travailler et fut toute une année organiste de l’église de Iéna. En 1967, il épousa Bärbel Klauder et redevint père.

Statut inhabituel pour la RDA, il devint en 1975 travailleur indépendant dans la conservation du patrimoine et en tant qu’organiste. Il inspecta de nombreux instruments en Thuringe et s’engagea pour leur restauration, permettant ainsi d’en sauver beaucoup de l’oubli. Il contribua aussi à la vie culturelle de Thuringe grâce à des enregistrements. Au temps de la RDA, il voyagea entre autres en Suisse, en Russie et aux États-Unis mais son véritable chez-soi musical fut le nouvel orgue de la Maison du Peuple de Iéna, qu’il y fit construire. Ses 4 800 tuyaux en font l’orgue le plus grand de Thuringe. Il aimait jouer la musique de Max Reger autant que celle de Hans Georg Burkhart, qui fut son professeur.

Hartmut Haupt anima un cercle de lecture anthroposophique et fut plus tard lecteur de Classe à Iéna. En lien avec le prêtre Hartwig Knabe, il invita en 1988 la troupe du Goetheanum à jouer le second des Drames-Mystères de Rudolf Steiner à Iéna, tournée de cinq représentations en collaboration avec des artistes de la parole formés en RDA, qui attira 600 spectateurs venus de tout le pays.

La société anthroposophique fut à nouveau autorisée après le tournant de 1989. Hartmut Haupt prit alors contact avec Virginia Sease, responsable à l’époque de la section des arts de la parole et de la musique au Goetheanum. Elle lui rendit visite et admira en sa compagnie les orgues de Thuringe. Ce lien le conduisit à devenir conseiller pour l’orgue de la grande salle du Goetheanum, où il donna de nombreux concerts.

Engagement social

Hartmut Haupt s’engagea sur le plan social dans la Fondation d’aide à l’enfance de Iéna et la création d’un hôpital communautaire. Ses interventions publiques en faveur de la Société anthroposophique et ses buts témoignèrent de son courage.

Il joua jusqu’à sa mort sur son piano à queue Bechstein accordé au diapason 432 Hz. Elke Jakobeit, prêtre de la Communauté des Chrétiens à Iéna, décrit ainsi les derniers temps de sa vie : « Il fut à la fin comme un son qui s’évanouit peu à peu, pianissimo, mais qui, dans cet effacement, devient de plus en plus intense. »


Sources : Barbara Haupt, Elke Jacobeit, Michael Kurtz, Virginia Sease, Ost-Thüringer Zeitung du 5 juin 2019.