« Descendre dans le cœur »
Depuis quelques décennies, des clowns professionnels travaillent aussi dans les institutions anthroposophiques et les écoles Steiner-Waldorf. La section des arts de la parole et de la musique cherche à savoir qui travaille comme clown ou s’intéresse à cet art. Catherine Bryden, clown formée par « Nose to Nose » (Grande-Bretagne), en fait partie.
C’est au lycée, lors d’ateliers d’improvisation et de théâtre avec le metteur en scène canadien Robert Lepage, que j’ai été d’abord touchée par l’esprit du clown. Son approche d’un chemin créatif est marquée par une grande ouverture, une grande chaleur du cœur. Il a créé des espaces protégés pour que les jeunes puissent s’amuser, où ils peuvent être autant que possible eux-mêmes. J’ai ensuite fait des études de théâtre et de psychologie du développement et dirigé en été des rencontres autour du théâtre et des langues basées sur des qualités similaires, notamment la curiosité et le plaisir.
Une porte ronde et rouge
Lorsque je suis arrivée en Allemagne en 2001, à l’école Waldorf de Gröbenzell, près de Munich, je fus accompagnée par Kirsi Talvela, autre rayon de lumière artistique. Elle disait que je trouverais peut-être mon chemin dans le monde anthroposophique. Je l’ai trouvé. Ne parlant pas allemand, j’ai assisté à autant de formations et d’ateliers anthroposophiques que possible, tout cela en anglais.
Cela m’a ouvert une porte : ronde et rouge, elle donnait sur un monde de chaleureuse liberté et de constantes découvertes. Suite aux cours de Vivian Gladwell, fondatrice de « Nose to Nose », je devins formatrice de clowns et j’abandonnai les cours d’anglais et la responsabilité des stages agricoles en collège pour devenir clown à plein temps.
De Vivian Gladwell et mes cours d’Emerson College jusqu’à la thèse de doctorat de Norman Skillen et Peter Lutzker sur l’impact de la clownerie dans le développement de la personnalité des enseignants en passant par la participation à des ateliers et le travail avec les étudiants de diverses formations pédagogiques, j’ai bénéficié tout au long de ce parcours de guides et de soutiens de qualité.
Qu’on travaille dans le domaine « Clown et… (conflit, enseignant, traumatisme, etc.) », dans le champ de la narration, du cirque social ou de la danse, le clown transforme chacun profondément. Une fois touché par le clown, on est beaucoup plus léger, plus lumineux, on se sent confirmé dans ce qu’on est au plus profond de soi.
Catherine Bryden, Ering, Allemagne
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Sebastian Jüngel : Face à une personne, quelle image du clown rencontrez-vous ?
Catherine Bryden : Comme nous ne sommes pas des clowns de caractère, j’attends de voir quels aspects du clown se présentent en elle à un moment donné. Nous ouvrons un espace pour que chaque aspect du clown se révèle.
Un lien avec ce que chacun porte en lui
Jüngel Si cette personne est anthroposophe, comment expliquez-vous l’importance du clown pour l’anthroposophie ?
Bryden Je préfère quand les gens y viennent par l’expérience directe et la découverte personnelle. Mais je dirais que le clown sert à nous reconnecter en présence des autres avec nos aspirations profondes, notre destinée individuelle, notre « vrai moi ». Nous nous acceptons de façon surprenante dans notre être et notre devenir.
Jüngel Êtes-vous d’accord avec le clown Dimitri quand il parle de l’évolution qui va du « clown en moi au clown à travers moi » ? Cette formule m’évoque les célèbres paroles de l’apôtre Paul : « Non moi, mais Christ en moi » (Galates, II, 20). Et nous savons que l’archange Michaël dit oui au monde, une position qu’un clown devrait avoir : trouver une façon positive de se confronter aux obstacles. Le clown est-il donc un aspect central de l’être humain ?
Bryden Absolument ! Lorsque nous faisons le clown, nous entrons dans l’état du clown ou nous réveillons le clown en nous. Nos exercices d’échauffement nous aident à sortir de notre tête et à descendre dans notre cœur ; ils ouvrent un espace d’ignorance, un espace où sommeillent nos intentions, nos intuitions les plus profondes avant de pénétrer la conscience. Quand on est clown, on désapprend. Nous nous souvenons que nous sommes des artistes.
Ouvrir l’espace pour l’avenir
Jüngel Quel est, selon vous, la mission du clown ?
Bryden Éveiller, raviver, rajeunir, guérir, connecter, ouvrir l’espace pour l’avenir, l’inconnu.
Jüngel Un artiste peut-il vivre sans être clown ?
Bryden Lorsque les gens commencent à être régulièrement clown, ils sentent que le monde qui les entoure s’ouvre d’une manière qu’ils n’avaient pas perçue auparavant. La pratique du clown nous permet d’être fidèle à nous-mêmes, de nous souvenir de nos plus profondes souffrances, d’observer consciemment et surtout de nous garder de tous jugements ou idées préconçues. Plus les gens pratiquent cet art, plus il leur est facile d’accéder à leurs sentiments et de se laisser guider par eux, sans en être les jouets.
Jüngel Pourquoi le clown porte-t-il un nez rouge ?
Bryden Le nez rouge, le plus petit masque du monde, comme l’appelait Jacques Lecoq, possède une magie particulière. Je découvre le monde d’une manière nouvelle et les autres découvrent d’autres aspects de mon « moi » lorsque je le porte. C’est comme si je portais mon cœur sur mon visage. Quand je regarde le monde avec mon nez, je me sens exposé, vulnérable et cependant protégé.
Jüngel Le travail du clown est souvent transposé dans d’autres domaines, par exemple comme méthode favorisant la créativité ou dans le management (langage corporel) : n’est-ce pas le signe de l’utilité du clown ?
Bryden Le clown peut servir les gens de plusieurs façons, là où on a besoin de lui.
Kontakt: catherinebryden@playisseriousbusiness.info Web: Nose to Nose
Appel : Clowns, faites-vous connaître !
Merci de vous faire connaître en indiquant nom, adresse postale et électronique, formation et secteur d’activité auprès de Sebastian Jüngel qui constituera un répertoire au nom de Stefan Hasler, responsable de la section des arts de la parole et de la musique : sebastian.juengel@goetheanum.ch