Nirmala Diaz
Spécialiste en littérature, ancienne propriétaire d’une agence de publicité, Nirmala Diaz est depuis fin 2020 représentante de la Société anthroposophique en Inde.
Nirmala Diaz naquit et grandit dans le Tamil Nadu. Elle fréquenta la Good Shepherd School et étudia au Stella Maris College de Chennai où elle obtint un doctorat d’anglais.
Sa carrière professionnelle commença par une formation de rédactrice de textes publicitaires. Elle travailla ensuite dans diverses agences nationales de publicité à Chennai et Hyderabad, en tant que rédactrice puis rédactrice en chef. Elle créa avec son mari Reachout Communications, agence de publicité au service de clients dans tout le pays.
Pendant son séjour à Chennai, elle connut l’anthroposophie grâce à Angelika Mandaiker. Nirmala Diaz, son mari et un ami firent partie du premier conseil d’administration de la Sloka Waldorf School d’Hyderabad, première école Steiner-Waldorf complète de l’Inde, qui ouvrit ses portes en 1997. Elle fut l’un des moteurs du groupe Rudolf Steiner d’Hyderabad, qui accueillit en 2011 le congrès Asie-Pacifique. Nirmala Diaz est liée à l’anthroposophie depuis 30 ans.
Sebastian Jüngel Comment la rédactrice expérimentée que vous êtes expliquerait ce pays en quelques mots ou quelques images à quelqu’un qui n’est jamais allé en Inde ?
Nirmala Diaz L’Inde ? C’est le pays des récits enchanteurs et des succès de Bollywood, des contrastes que véhiculent les clichés et des villes gigantesques avec un patchwork riche et coloré de personnes dont les habitats sont divers et étonnants. Un mélange somptueux et bruyant d’atmosphères, d’histoire et de souvenirs.
Du bruit et de la beauté
Bruyant ? Oui ! Très bruyant. La tension, le trafic, les vendeurs de rue, l’agitation de la vie défiant le sens et la logique... La beauté ? Oui, bien sûr, outre la beauté flagrante des couchers de soleil et des plages de sable où on fait la fête, on la voit partout si on est réceptif.
Jüngel De loin, l’Inde semble être une société à la fois très traditionnelle et très moderne, occidentalisée. Où situez-vous la culture indienne ?
Diaz Elle est dans le sang, le rythme, la fluidité, dans tout ce qui peut « épicer » une vie entière. La culture indienne a toujours été inclusive. Tous les voyageurs, commerçants, historiens, guerriers, seigneurs de guerre, rois et Moghols sont passés par l’Inde et y ont laissé leur empreinte.
Jüngel L’Inde est-elle un pays très vaste et complexe ou plutôt une confédération d’États ou de cultures ? Qu’est-ce qui la fait tenir ? Où se situent les tensions ?
Diaz L’écrivain britannique Vidiadhar Surajprasad Naipaul a qualifié l’Inde de civilisation blessée. Oui ! Tout ce qui vit est blessé. Mais en Inde, les blessures sont guéries par la fraternité, la relation aux autres et les célébrations communautaires. Les terres stériles se sont toujours régénérées et ont prospéré grâce au jour nouveau, à un ordre neuf. La shakti (force cosmique) est innée, c’est un don divin. Nous sommes profondément enracinés, riches d’un héritage culturel important, mais nous sommes aussi reliés au monde. Nous sommes vraiment libres d’être ce que nous sommes. L’Est et l’Ouest coexistent.
Force de métamorphose
Du point de vue géopolitique, ce vaste continent est divisé par des villes et des États. Langues, alimentation, moyens de subsistance, éducation, commerce et agriculture… Le secteur des services contribue à unir l’Inde. D’immenses réseaux ferroviaires, des autoroutes et des compagnies aériennes permettent de combler le fossé culturel, culinaire, linguistique et religieux ainsi que les différences régionales et les antagonismes politiques.
La peur existentielle de vivre dans un pays aussi densément peuplé, de devoir lutter pour gagner sa vie, rend les gens agressifs et conduit parfois à une attitude défensive, voire réactionnaire, même parmi les personnes qui vivaient en harmonie et respectaient les frontières. Le mépris du matérialisme, une particularité fragile de notre aptitude la plus précieuse, de notre résilience, de notre capacité à endurer et à surmonter les épreuves, nous a accompagnés à travers les siècles. C’est cette capacité qui distingue l’Inde, cette force de métamorphose, cette aptitude à de nouveaux départs.
Jüngel L’anthroposophie peut-elle contribuer au développement du pays ?
Diaz L’anthroposophie garantit aujourd’hui à chacun de disposer de forces. Son universalité séduit. Elle peut aider – et elle a aidé – à construire des ponts ; elle assure de la pérennité, permet de comprendre que le spirituel et l’humain peuvent collaborer. La connaissance de la nature humaine est là pour nous permettre de travailler avec elle, de l’intérioriser et de nous développer. Elle est mise en œuvre dans de nombreux domaines : agriculture, éducation, thérapie, eurythmie, santé et médecine. Le feu et la forme se muent en volonté délibérée qui se manifeste dans les initiatives sociales. L’impulsion de guérison de l’anthroposophie est source de gratitude et d’émerveillement constants.
Affronter les difficultés en riant
Jüngel L’anthroposophie en Inde est-elle indépendante ou est-elle fortement influencée par l’Europe ou par ses liens historiques avec, par exemple, l’impulsion théosophique ?
Diaz Elle compte de jeunes membres dynamiques qui la redécouvrent dans la joie, travaillent sérieusement et intensément dans plusieurs groupes en y apportant leurs connaissances et leurs expériences de la vie. Nous sommes portés par l’espoir, par un réel intérêt dans la façon dont l’anthroposophie peut changer tout ce que nous faisons, dans la manière par laquelle la pensée vivante ou lumineuse peut toucher nos vies et les personnes qui s’y trouvent.
Jüngel Y a-t-il une anecdote qui décrit votre relation avec votre propre pays ?
Diaz Nous rions beaucoup, cela nous aide à surmonter beaucoup de problèmes et cela nous unit. Cet accès au divin, dont nous disposions, jadis, renaît en nous comme une force germinative.