La résilience du vivant

La résilience du vivant

01 juillet 2020 Jan Göschel 10 vues

Presque tout le monde expérimente actuellement l’institutionnalisation, phénomène généralement réservé aux groupes marginalisés, aux personnes porteuses de handicap ou qui ont vécu des situations exceptionnelles de courte durée.


L’institutionnalisation signifie que des aspects essentiels de la vie quotidienne sont réglementés par une autorité et donc soustraits à l’influence des personnes individuelles. La liberté de mouvement de l’individu est donc subordonnée à des lignes de conduite prédéfinies afin que s’établisse une protection, pour soi-même ou les autres. La présence physique dans l’espace public représente en effet à elle seule un risque. Cette « menace » étant invisible et non identifiable, on dépend de l’autorité ayant un accès exclusif à l’information et qui nous dispense de notre propre jugement. Comme les mesures ont trait au corps, l’autorité se sent responsable d’intervenir directement dans le corps lui-même si nécessaire.

Autorégulation dynamique

La gestion institutionnelle top-down des crises avec des structures de commandement et de contrôle s’oppose aux formes d’organisation sociale qui naissent spontanément et agissent sur le terrain. Initiatives citoyennes ou « Disaster Communities », les communautés de gestion de catastrophes basées sur l’initiative individuelle utilisent les réseaux de relations déjà existants ou en créent de nouveaux. Directement liés à la situation et aux conséquences de leurs actions, ces porteurs d’initiatives sont généralement capables d’agir plus rapidement, de s’adapter avec agilité à des conditions changeantes et de faire preuve d’une grande capacité d’adaptabilité. Tout cela suppose qu’ils agissent librement les uns avec les autres.

La qualité de l’action dépend donc du degré de vivacité de l’organisme social. Les structures sans vie ou les systèmes basés sur des lois mécaniques sont soumis à l’entropie. Le stress entraîne l’usure, qui doit être sans cesse « réparée » de l’extérieur. S’y oppose l’« antifragilité » (Nassim Nicholas Taleb) en tant que caractéristique du vivant.

Les organismes vivants sont dans une relation dynamique et en écho avec leur environnement, ce qui permet le développement, le renouvellement, la transformation et la reproduction. Non seulement résilients dans le sens où ils savent rétablir après un traumatisme un état d’équilibre antérieur, ils ont même besoin de stress et d’expériences perturbatrices pour se développer et étendre leurs capacités. Cela sur la base des principes d’autorégulation dynamique et de maîtrise de soi réactive, inhérents aux forces formatrices et aux processus de vie.

Les organismes sociaux tels que les partenariats, les communautés et les organisations, indépendamment de leur type et de leur taille, les communautés locales, les états, les alliances transnationales et même la communauté mondiale peuvent également être considérés sous l’angle de la fragilité et de l’anti-fragilité.

Stress et traumatismes croissants

Plus les principes organisationnels « mécaniques » fondés sur un contrôle central selon des objectifs définis, des processus linéaires et des schémas de communication dominent un système, plus il est fragile, plus il est probable que des dysfonctionnements conduisent à son effondrement. Toutefois, plus la communauté incarne dans l’auto-organisation et l’auto-responsabilité dans la gestion les principes décentralisés et dynamiques qui constituent un organisme vivant, mieux elle peut affronter le stress et les traumatismes, plus elle peut croître et se développer en y faisant face.


Extraits du livre ‹ Perspektive und Initiativen zur Coronazeit › (Perspective et initiatives au temps du COVID-19).